« Le bijou est une discipline sérieuse, conçue pour une élite sociale. Il doit mettre en valeur à la fois la richesse et la beauté de la personne qui le porte. Il requiert donc les matériaux les plus nobles et les techniques les plus raffinées, c’est-à-dire la joaillerie. »
— Extrait du site du Musée des Arts Décoratifs
À la lumière de cette affirmation, une question s’impose : comment la bijouterie fantaisie a-t-elle réussi à émerger face à la domination historique de la joaillerie ? Quels facteurs ont permis au non-précieux de trouver sa place et même de s’imposer dans le paysage ornemental ?
XVIIIe siècle : naissance du bijou d’imitation
C’est au cours du XVIIIe siècle que le bijou d’imitation se développe véritablement. Comme son nom l’indique, il s’agit de reproduire les formes et l’apparat des véritables parures, mais à l’aide de matériaux non précieux. Et justement, ces matériaux se multiplient à cette époque.
La pâte de verre, connue depuis le Moyen Âge pour sa capacité à imiter les gemmes, est remise à l’honneur. Le verre teinté et le doublé de pierre étaient également déjà utilisés dès le XVIIe siècle. Mais un tournant décisif intervient avec Joseph Strasser, joaillier parisien, qui invente un cristal au plomb brillant – le fameux strass – simulant à la perfection l’éclat du diamant. Avec cette innovation, le non-précieux devient non seulement tolérable, mais désirable.

Collier en strass et métal, reprenant exactement la stylistique des bijoux de joaillerie.
Fin du XVIIIᵉ siècle.
Cette période voit aussi la prolifération d’imitations dans les métaux : le doublé, le plaqué, le doré permettent d’utiliser une infime quantité d’or. Des alliages comme le pinchbeck, le similor, le chrysocale ou encore le pomonne imitent l’or, tandis que le ruolz, le tiers-argent ou le maillechort se substituent à l’argent. Dès lors, les métaux précieux cessent d’être indispensables à la création de petits ouvrages décoratifs.

En outre, pour la première fois, on distingue des bijoux du soir et des bijoux du jour ou demi-parure. En journée, le cou est orné d’un ruban plus ou moins sophistiqué, mais sans pierres précieuses. Le soir, les perles restent les favorites.
Cette nouveauté correspond sans aucun doute à l’influence du siècle de Louis XV. En effet, ce siècle féminin, connu pour son plaisir de vivre inégalé, apporta à la haute société une manière de vivre tournée vers le confort et le raffinement du détail. On change plusieurs fois de tenue par jour ; il n’est donc pas étonnant de voir apparaître en ce temps des lignes de bijoux très riches et précieux pour le soir, et des lignes plus légères correspondant aux sorties de jour. Il est intéressant de souligner cette évolution dans le cadre de cette étude, car elle introduit le « moins précieux », mais toujours dans un dessin créatif et innovant, contrairement au bijou d’imitation qui introduit le non-précieux sans innovation de création.
